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Pour un moratoire sur toutes nouvelles constructions d’incinérateurs en France

Une déclaration du Collectif Chinonais Environnement et de la SEPANT

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COLLECTIF CHINONAIS ENVIRONNEMENT
chinonenvironnement@pnyka.fr
SEPANT
Société d’Etudes, de Protection et d’Aménagement de la Nature en Touraine
groupe.dechets@sepant.fr
INCINERATEURS, PROJETS FUMEUX
Pour un moratoire sur toutes nouvelles constructions d’incinérateurs en France
Ces dernières années, le territoire national a vu fleurir des projets d’incinérateurs et des projets
d’agrandissement des installations déjà en place. Or la France possède le plus grand parc
d’incinérateurs d’Europe et plus de 14,3 millions de tonnes d’ordures ménagères sont encore
brûlées dans notre pays chaque année dans 119 unités d’incinération.
Généralement présentée comme une solution écologique et maîtrisée des traitements des
déchets, l’incinération est depuis longtemps remise en cause par les ONG environnementales et
des groupes de médecins et scientifiques.
Des filtres performants ? Des polluants dans les fumées ? Une dangerosité sans arrêt sousévaluée.
Au début du fonctionnement des incinérateurs, on rassurait les riverains en les assurant de
l’absence de nocivité des fumées « contenant de la vapeur d’eau ». Puis les discours ont évolué
en arguant des améliorations techniques réalisées dans le traitement des fumées. Si des
pollutions étaient prouvées par les riverains d’incinérateurs, elles étaient qualifiées généralement
d’exceptionnelles par les exploitants d’incinérateurs et justifiées en raison d’anomalies de
production, laissant entendre une absence de dangerosité lors d’un fonctionnement « normal »
des sites d’incinération. Cependant, cette idée est démentie de manière récurrente dans les faits.
Les fonctionnements d’incinérateurs ont été associés à plusieurs scandales sanitaires, comme à
Gilly-sur-Isère ou Ivry où notamment des pollutions liées aux dioxines ont été révélées. Et
pourtant des défauts de mesure y ont été révélés, sans parler de l’incomplétude des produits
toxiques recherchés. Aussi la littérature scientifique abonde dans ce sens. Ainsi, des études ont
mis en évidence un surrisque de cancers chez les populations vivant à proximité. Autre
illustration emblématique : en Île-de-France, l’Agence Régionale de Santé a même recommandé
en 2023 d’éviter la consommation d’oeufs de poulaillers proches des incinérateurs, puis dans le
périmètre de toutes les communes de cette région en octobre 2025.
Les incinérateurs ne parviennent pas à éliminer totalement les polluants qu’ils émettent. Il est
indéniable que certains polluants continuent d’être relâchés dans l’air lors de l’incinération de
déchets, polluent les sols et contaminent les organismes vivants avec des impacts sanitaires sousestimés.
Ces substances ont été retrouvées dans les sols, dans des aliments et même dans les
corps humains, et sont associées à des cancers, des dysfonctionnements immunitaires et des
troubles du développement. De par la grande diversité des déchets brûlés, la profusion de
substances dégagées engendre inéluctablement des effets dits « cocktail » qu’il est très difficile
de documenter (à l’instar des PFAS – dits polluants éternels).
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Aucun exploitant d’incinérateur ne peut garantir de l’innocuité de leur fonctionnement car, encore
aujourd’hui, les mesures de produits toxiques sont très lacunaires. La question des PFAS (400 000 t/an)
illustre malheureusement parfaitement cette situation : leur destruction nécessite une montée en
température de plus de 1 300 –1 400 °C dans les fours, alors que les incinérateurs fonctionnent
généralement entre 750 et 1 100 °C. Conscient de ces enjeux sanitaires, l’État a d’ailleurs lancé en 2024
une campagne nationale de mesure des émissions de PFAS dans les rejets des incinérateurs… dont les
enseignements n’ont pas encore fait l’objet d’obligation d’amélioration des processus d’incinération des
déchets via la voie réglementaire.
Une élimination de déchets très relative, avec nombre de résidus préoccupants
Plus les systèmes de filtration sont performants, plus ils génèrent de REFIOM (Résidus
d'Épuration des Fumées d'Incinération des Ordures Ménagères) qui contiennent toutes sortes de
polluants : dioxines, métaux lourds, particules fines et PFAS. Soit une concentration des nocivités,
donc de la dangerosité…. et des problèmes accrus quant à l’élimination de ces déchets ultimes.
L’incinération génère par ailleurs des résidus solides appelés mâchefers (20 à 25% du volume des
déchets incinérés, ce qui met à mal l’idée de disparition des déchets en fumée), parfois plus
toxiques que les déchets initiaux.
L’ensemble de ces éléments conduisent à recommander l’application du principe de précaution.
Un pari coûteux sur l’avenir et questionnant la prévention des déchets
Un modèle économique questionnant
L’incinération est une méthode coûteuse, largement financée par l’argent public. Les installations
bénéficient d’incitations financières (réduction ou exonération de la Taxe Générale sur les
Activités Polluantes -TGAP-) dès qu’elles valorisent de l’énergie, ce qui encourage le maintien du
modèle actuel plutôt que l’évolution vers des solutions plus durables. Ce fléchage financier
politique se fait aux détriments de soutiens aux actions de prévention des déchets*.
En plus des déchets ménagers, les méga-incinérateurs prévoient souvent d’incinérer les déchets
des entreprises en complément des volumes des déchets des ménages ; d’où un risque de
financement d’une partie des frais fixes de fonctionnement des incinérateurs par de l’argent
public, relativement à ces flux de déchets d’origine privée.
Un pari risqué sur les volumes à traiter
Les investissements dans des unités d’incinération nécessitent un flux constant de déchets (que
souvent les exploitants entendent faire garantir en termes de volume par les collectivités afin de
sécuriser leur modèle économique), alors même que la réduction à la source des déchets ou les
progrès en matière de tri sélectif permettraient de diminuer très significativement les tonnages à
incinérer. Selon la toute dernière publication de l’Ademe (Modecom 2025), les deux tiers des
volumes dans les ordures ménagères résiduelles (OMR) pourraient être évités, car ils contiennent
encore des déchets recyclables : 32% sont des biodéchets, 27% des emballages et des
papiers/cartons, 5 % de verre et 5 % d’autres déchets (textile, électroménager…) également
récupérables.
* Les coûts des actions de prévention de déchets représentent 2 à 3% du coût de traitement des OMR. Or ces
premières ont un impact de réduction des coûts de collecte et de traitement facteur 2 à 5, selon les natures d’action
et territoires. En 2023, la Cour des Compte a pointé un défaut de priorisation aux niveau des politiques publiques sur
ce sujet.
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Les baisses des volumes d’OMR ont été significatives sur les dernières décennies en France :
223,5 kg par habitant en 2024, contre 252,7 kg en 2017 et 395,6 kg en 1993. La baisse des
biodéchets dans les OMR devrait se poursuivre, voire s’accélérer (baisse de 10 % depuis 2017),
grâce à l’obligation de l’offre de tri à la source depuis le 1er janvier 2024. De même, la baisse des
emballages et papiers (diminution de 17 % depuis 2017) devrait se renforcer avec des progrès
attendus sur les pratiques de tri.
Les engagements financiers dans des investissements d’incinérateurs s’inscrivent dans un long
terme et doivent prendre en compte l’évolution à la baisse des flux de déchets à éliminer à cette
échelle de temps.
Une allégation fallacieuse : Les déchets, une énergie “verte” et “décarbonée”
Les déchets sont de plus en plus présentés comme une ressource énergétique “verte”, “locale” et
“décarbonée” ; ce qui sert à justifier l’agrandissement ou la création d’incinérateurs. Pourtant...
ü Considérer l’incinération comme une énergie renouvelable est trompeur : les ordures
ménagères résiduelles proviennent d’un important gaspillage de matières.
ü Prétendre que l’incinération est une source d’énergie décarbonée est un mensonge : c’est
assurément du carbone qui est brûlé dans les incinérateurs, et du carbone d’origine très
majoritairement fossile ; sa combustion contribue à augmenter les concentrations de gaz
à effet de serre et donc le dérèglement climatique. Une tonne de déchets ménagers
incinérés produit entre 0,7 et 1,7 tonnes de CO2.
ü Investir dans la prévention réduirait le gaspillage, limiterait les impacts polluants et
créerait plus d’emplois qu’un système centré sur l’incinération. Les alternatives sont
connues : prioriser la réduction des déchets, sortir un maximum d’ordures ménagères
actuelles du flux résiduel, réduire les apports en déchetterie et renforcer la sensibilisation
et la communication.
De plus, l’énergie produite par l’incinération reste marginale : elle couvre moins de 1 % de la
consommation énergétique française. En faire un pilier du mix énergétique est donc irréaliste au
vu de sa faible contribution et de son potentiel limité.
Pour un moratoire sur toutes nouvelles constructions d’incinérateurs en France
Le Collectif Chinonais Environnement et la SEPANT - collectif citoyen et association agréée de
Défense de l’Environnement en Indre-et-Loire – se joignent à l’association nationale Zéro Waste
France pour demander un moratoire immédiat sur toutes nouvelles capacités d’incinération
(nouveau projet ou agrandissement) ainsi que la planification d’une réduction progressive des
capacités existantes.
Nous appelons à la mise en place d’un plan national et européen de réduction progressive des
capacités d’incinération avec un objectif de fermeture de 5 % des installations par an, afin
d’aligner les infrastructures avec la trajectoire de baisse des déchets résiduels. Cette planification
doit être transparente, s’appuyer sur les objectifs de prévention, éviter les doublons territoriaux
et favoriser la mutualisation des unités existantes.
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Enfin, nous demandons que les financements publics soient prioritairement dirigés vers la
prévention, le réemploi, puis vers le recyclage ; conformément aux principes de l’économie
circulaire inscrits dans le Code de l’environnement.
L’arrêt de tout projet de nouvel incinérateur à Saint Benoit-la-Forêt dans le Chinonais
L’incinérateur actuel d’une capacité de 19 000 tonnes a été construit en 1983 juste à côté du
Centre hospitalier de Chinon où résident des personnes à la santé fragilisée et où travaille à
longueur d’année un nombreux personnel médical.
En fonction des rythmes de fonctionnement de l’incinérateur, les syndicats alertent sur des
retombées ponctuelles de poussières noires et suies, visibles sur les véhicules garés dans les
parkings de l’hôpital. C’est la partie visible des pollutions, et ce site a connu des
dysfonctionnements significatifs pendant son exploitation.
Vouloir en reconstruire un nouveau pour les années 2030 de plus grande capacité (40 000 à 60
000 tonnes), pour un coût estimé entre 70 et 100 millions d’euros, est incompréhensible et force
est de dénoncer la gabegie envisagée de l’argent des habitants.
Les indicateurs actuels locaux révèlent la diminution importante des quantités des déchets
ménagers dans nos territoires, ce qui devrait amener les décideurs à renoncer à ce projet.
En effet selon les informations fournies par les différentes collectivités possiblement concernées
par ce nouvel incinérateur**, la diminution des déchets incinérés entre 2021 et 2024 est déjà de
l’ordre de 10 à 12,5 %, ce sans une politique de prévention des déchets notable.
Cette diminution sera encore amplifiée du fait de l’application des lois visant à un meilleur tri des
déchets et du Programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés (PLPDMA) qui
se développe en Indre-et-Loire.
Il est à noter particulièrement que la quantité de déchets provenant du territoire du SMICTOM
incinérés en 2024 a été de 14 218 tonnes (pour un incinérateur actuel de 19 000 tonnes).
Les quantités de déchets restant à incinérer dans les années 2030
ne justifient en aucune manière la construction d’un nouvel incinérateur.
**Seraient concernées par ce projet de nouvel incinérateur plusieurs collectivités du Sud Touraine : le Syndicat
Mixte de Collecte et de Traitement des Ordures Ménagères du Chinonais (SMICTOM), la CC Chinon, Vienne et Loire
(CcCVL), la CC Touraine Vallée de l’Indre secteur ouest (CcCVI), la CC Touraine Val de Vienne (CcTVV) et
possiblement Tours Métropole.
Indre-et-Loire, janvier 2026

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